1974/2014:

« Tiraillé entre le discours et la pratique, traversé de multiples conflits, allant de crises en remises en cause, le CRAC fait un peu penser au phénix du mythe qui chaque fois renaît de ses cendres. Et c’est peut-être bien une caractéristique propre aux expériences alternatives dignes de ce nom que de se renouveler. « Dissidents du quotidien: La scène alternative Genevoise 1968 — 1987 Gros (Editions D’En Bas 1987)

C’est en 1974 que l’association du CENTRE DE RECHERCHE ET D’ACTION COMMUNAUTAIRE (CRAC) a été créée. Dans la mouvance autonomiste de ce qui fut l’expérience du Prieuré – premier squat autogéré à Genève (1972) – différents groupes intéressés par un projet communautaire autogéré s’installent dans l’immeuble, sis au 7 bd Carl Vogt. Celui-ci leur est mis à disposition par la propriétaire avec un bail de 10 ans – le premier bail associatif signé à Genève – avec la caution morale de l’Église Nationale Protestante. Composée dès son origine de groupes et d’associations politiques culturelles ou sociales engagées dans la vie de la cité et de membres individuels, elle s’est donnée pour objectifs: « la promotion d’initiatives à caractères alternatifs et communautaires en leur donnant des possibilités pour se réaliser notamment par la mise à disposition de locaux et d’infrastructures communes. Dans ce cadre créer un lieu d’apprentissage et d’expérimentation de le vie démocratique propre à stimuler notamment l’autonomie des personnes, la liberté d’ex-pression, l’accès au sources de l’information et la prise de conscience de l’interdépendance des problèmes entre individus, groupes et pays.  » A son ouverture en 1975 les projets d’une dizaine d’associations laïques, à but non lucratif travaillant pour la promotion de l’habitat associatif, de l’écologie, du pacifisme, du commerce équitable, de la non-violence et du social se partagent les locaux du Crac.

Ce sont :

  • AU BISTR, restaurant autogéré par d’anciens apprentis.
  • AU MAGAS, arcade gérée par les Magasins du Monde et des artisans vendant des articles en provenance directe des producteurs (principalement du Tiers Monde) avec une dimension d’information sur le rôle que joue le consommateur.
  • INTERCOM, lieu d’accueil et de consultation réunissant des éducateurs, des psychologues, des médecins, des assistants sociaux assurant des permanences pour répondre aux demandes de résolution de problèmes (familiaux, professionnels, éducatifs…).
  • PERFOR, lieu de sensibilisation, d’initiation et de formation aux relations humaines, à l’économie, à l’écologie, à l’expression; par des soirées, des stages, des jeux de rôles.
  • DAZIBAO lieu doté de moyens de reproduction et de diffusion de l’in
  • INFORMATION & CONTACTS centre d’information et de documentation sur l’alternative et l’écologie gérée par les promoteurs d’un journal du même nom.

En parallèle quatre étages sont alors occupés par des communautés d’habitation composées principalement d’étudiants, d’apprentis et de jeunes travailleurs. Depuis sa création, le Crac a toujours été le reflet de son époque et le lieu où ont pu et continuent de s’exprimer les préoccupations qui parcourent la société. Ainsi il a été le cadre de nombreuses activités et expériences qui s’y sont développées durant des périodes variables avant de se transformer, de se renouveler, ou de disparaître pour laisser la place à d’autres. Le Crac a ainsi servi de cadre à un atelier d’artisanat et d’ergothérapie, à des cours de yoga, à des concerts et des spectacles, à la réunion de groupes militants, à des expériences comme l’installation d’un capteur solaire pour la production d’eau chaude ou l’accueil et l’hébergement temporaire de jeunes. A ce titre, il a été associé pendant plusieurs années au CAHG (Accueil et Hébergement). Au tournant des années 80, le Crac s’oriente plus clairement du côté social: le RACARD (Hébergement et soutien éducatif pour les personnes en difficulté), l’association AUTREMENT-AUJOURD’HUI (activités artistiques avec des personnes mentalement handicapées) et l’APRATO (association pour la réhabilitation d’anciens toxicomanes) s’y installent. Le restaurant, initialement au BISTR, après avoir changé de formule à plusieurs reprises se ferme et ses locaux sont réaménagés pour être utilisés par le CENTRE D’ÉCHANGES PERMANENT, collectif réunissant divers groupes tiers-mondistes, non-violents, écologistes. Les amis de RADIO ZONES, une radio associative, installe ses bureaux au 1er étage. Depuis le début des années 90, la situation des groupes s’est stabilisée en même temps qu’ils se professionnalisent en partie, notamment par l’engagement de permanents, afin d’ancrer leur action avec davantage d’efficacité. Au fil des années, le Crac se structure, crée un poste de permanent, et se dote de statuts et d’un fonctionnement qui restent proches des objectifs premiers et en prise avec le présent. En 1997, suite à la décision du propriétaire de mettre l’immeuble en vente, les associations membres du Crac décident de constituer une Coopérative et de l’acquérir.

En sont membres :

  • AHC (association des Habitants du Crac)
  • AUTREMENT AUJOURD’HUI
  • CONTRATOM
  • ETIK
  • GREENPEACE
  • GSsA
  • MAGASINS DU MONDE
  • LE RACARD
  • UNTES

En décembre 1998, la coopérative du Crac est devenue formellement propriétaire de l’immeuble qu’elle gérait par ailleurs sous sa propre responsabilité depuis le début de cette année. Plus de 2 ans et demi ont été nécessaires pour mettre en place la structure, le fonctionnement et le montage financier indispensables au rachat. Cette solution garantit aux coopérateurs membres, la poursuite de leur activité dans des conditions leur permettant de continuer à mener à bien leurs propres actions et avec des possibilités de mise en commun de différents moyens. Ce rachat constitue néanmoins pour les groupes coopérateurs une charge supplémentaire non négligeable, tant sur le plan de l’engagement concret et de la gestion de l’immeuble que sur le plan financier – il s’agit d’assurer la gestion et le remboursement de l’emprunt hypothécaire à long terme. Si depuis sa création, le Crac a vécu de nombreux changements, son attachement à ses objectifs premiers ne s’est pas démenti. En 2004 le CRAC a fêté ses 30 ans d’existence et son histoire continue.